Aquila en avait trop dit. La curiosité de Shara était à son comble :
- Mais qu'est ce que c'est exactement que ces pouvoirs dont tu me parles ?
- Ah ah ! Je vais t'expliquer tout cela, et je vais même t'apprendre à t'en servir ! Mais une bonne démonstration vaut mieux que des
explications. Tu verras tout cela lorsque nous arriverons au camp.
- C'est encore loin d'ici ?
- Encore un peu plus d'une heure de marche. Nous sommes obligés de nous cacher profondément dans la forêt pour éviter d'être repérés
par les patrouilles.
- Et comment faites-vous pour leur échapper ?
- Nous nous déplaçons souvent. Nous avons établis plusieurs camps et nous passons de l'un à l'autre. Les soldats ne s'aventurent
jamais aussi loin dans la forêt, et si ça arrive, nous avons des guetteurs qui préviennent les autres. D'ailleurs, ils savent déjà que nous arrivons !
- Comment ça ? répondit Shara étonné.
- Parce que nous avons croisé deux guetteurs en chemin ! Ils sont experts dans l'art de se dissimuler. Ils portent des vêtements de
camouflage et savent aussi contrôler leur rythme cardiaque et leur souffle. C'est pour ça que tu ne les as pas vus. Mais ne t'inquiète pas, tu apprendras aussi cela.
- Et les soldats ne vous ont jamais trouvés ici ?
- Non ! Nous nous déplaçons le plus souvent la nuit et en petits groupes. Lorsque leurs avions survolent la zone avec des détecteurs
à infrarouges, ils ne peuvent pas nous distinguer des gros animaux. De toute façon, ils surveillent peu la forêt car on s'arrange pour qu'ils pensent que nous nous cachons du côté des montagnes.
Seuls des satellites pourraient nous repérer, mais, par chance, l'espace est contrôlé par les américains. Donc nous ne craignons rien de ce côté là !
L'évocation des recherches dans les montagnes rappela à Shara le souvenir du camp de son maître dévasté.
- Tu ne penses pas qu'un jour ils finiront par vous trouver ?
- Si, bien sûr ! Ils ne sont pas si bêtes et vont vite finir par comprendre que les petits détachements que nous envoyons de temps
en temps dans les montagnes ne sont que des leurres. C'est pour ça que beaucoup d'entre nous pensent qu'il faut agir maintenant. Mais il reste à convaincre la Princesse.
- Pourquoi ?
- Elle est persuadée que nous devons attendre la venue d'un guerrier légendaire qui serait le seul capable de nous aider. Elle est
très attachée aux anciennes légendes. Mais je pense qu'il y a un peu de vrai là dedans !
Aquila s'arrêta à nouveau et se tourna vers Shara :
- Je t'ai repéré hier, quand tu es arrivé à Pyxis : j'ai tout de suite senti une grande force en toi. Cela fait aussi partie de mes
pouvoirs. Je t'observe depuis que tu es arrivé.
- Tu veux dire que tu veux faire de moi un guerrier du Kitaï ?
- Si tu es d'accord bien sûr ! J'ai eu du mal à te retrouver ce matin. C'est moi qui ai fait tomber le robot du haut de l'immeuble.
J'ai vu qu'il appelait des renforts. Je vous ai un peu aidé à vous enfuir ! Après votre départ, je me suis débarrassée des soldats qui étaient sur place. Grâce à leur radio j'ai pu suivre vos
déplacements. J'ai mis un peu de temps à vous rejoindre mais je suis arrivée juste à temps pour assister à ton combat contre l'officier ! J'ai bien vu que même avec une main blessée, tu aurais eu
le dessus sur lui.
Elle désigna ses pansements :
- Au fait, que t’est-il arrivé ?
- Hier soir, un autre robot nous a attaqué dans les souterrains. Je croyais aussi que c'était un homme et je me suis cassé la main
en lui tapant dessus !
- Ne t'inquiète pas, avec l'entraînement que je vais te donner, tu arriveras à les reconnaître et à te débarrasser facilement de ces
machines.
Shara hésita. Tout ce qu'Aquila disait lui semblait vraiment surréaliste, mais il l'avait pourtant bien vu se débarrasser du robot
d'un seul coup.
- Tu ne veux pas m'en dire plus sur tes pouvoirs ?
- Bon, puisque tu insistes et qu'on a un peu de temps, je vais te montrer.
Aquila chercha un endroit un peu dégagé. Elle s'assit en tailleur sur le sol et demanda à Shara de s'asseoir en face d'elle. Elle
prit alors délicatement ses mains dans les siennes.
- Alors, mon jeune disciple, dit-elle sur un ton exagérément solennelle, sache qu'il existe une immense énergie qui
est présente dans toute forme de vie, dans chaque cellule. De nombreuses croyances y font référence. On l'identifie sous plusieurs noms : le « Ki » pour les orientaux, l'Energie vitale ou l'Aura pour les occidentaux. Pour d'autres, c'est
simplement de la magie. Mais il s'agit toujours de la même chose.
Elle fit une petite pause pour laisser le temps à Shara de bien comprendre ce qu'elle expliquait. Ce dernier se
rappelait à nouveau de l'enseignement de son maître. Il lui avait effectivement parlé du « Ki »dans l'art du combat, mais ne s'était jamais attardé sur cette notion.
- Chacun est capable de sentir et manipuler cette énergie, repris Aquila. Elle se manifeste sous plusieurs formes : télékinésie,
pouvoirs médiumniques ou divinatoires. Certains individus la ressentent naturellement, d'autres ont besoin d'entraînement pour y arriver, mais elle est accessible à tous.
Elle serra un peu ses mains. Shara eu un mouvement de recul.
- Je vais l'utiliser pour te soigner, tu vas comprendre.
Shara fut surpris :
- Tu vas guérir mes mains ?
Aquila ne plaisantait plus. Elle était sérieuse et très concentrée.
- Oui. Depuis longtemps, certains hommes ont compris que les blessures et les maladies étaient la conséquence d'une mauvaise
circulation de cette énergie vitale. En la restaurant, le corps arrive à se soigner plus rapidement. C'est exactement ce principe qui est utilisé par l'acupuncture.
Elle ferma les yeux.
- Je vais faire circuler mon énergie dans ton corps pour accélérer ta guérison.
Elle inspira profondément et ne dit plus rien pendant quelque secondes.
Shara l'observa. Elle avait un visage très agréable à regarder, avec les trais fins, les yeux légèrement en amande et le nez un peu
retroussé. Ses pommettes rondes lui donnaient un air espiègle de petite fille. Des mèches de ses cheveux blonds bouclés retombaient négligemment sur son front.
Soudain, elle ouvrit les yeux et plongea ses yeux marron dans les siens :
- Hé, mais je vais pas bosser toute seule ! Il faut que tu m'aides aussi !
- Mais comment ? S’étonna Shara.
- Tu fermes aussi les yeux, et tu visualises tes mains. Essaie de sentir de la chaleur circuler dedans. Visualise aussi tes os en
train de se ressouder.
Shara n'était pas réellement convaincu. Mais la jeune fille avait l'air d’être sérieuse.
Il fit ce qu'elle lui demanda.
Au début il ne sentit rien d'autre que la douleur lancinante de ses os meurtris. Puis après quelques instants, il commença à sentir
de la chaleur dans ses mains. Il pensa que cela n'avait rien d'extraordinaire puisqu'elles étaient enserrées dans celles d'Aquila.
Mais progressivement, la sensation de chaleur s'accentua. C'était une chaleur bienveillante, douce et apaisante, qui se diffusait
dans ses bras. Elle se faisait de plus en plus présente et finit par effacer complètement la douleur.
Shara avait perdu toute notion de temps et d'espace. Il ne sentait plus le reste de son corps, toute sa conscience était focalisée
sur ses mains, comme si elles constituaient la totalité de son être. Il se sentait dans un état de bien-être total.
Soudain, la voix d'Aquila lui parvint :
- Ça suffit pour l'instant. Elle retira ses mains et il revint brusquement à la réalité. Il lui fallut quelques secondes pour
retrouver ses esprits et ressentir à nouveau tout son corps. Ses blessures se firent à nouveau sentir mais la douleur semblait beaucoup moins forte qu'avant. Il était incapable de savoir combien
de temps avait duré cette expérience.
La jeune fille se releva :
- On a encore du chemin à faire. Mais si on fait ça un petit peu chaque jour, tu seras complètement guéri dans une semaine !
Shara observait ses mains et restait perplexe : il se demandait si tout cela avait vraiment marché ou si c'était juste son
imagination.
Aquila avait déjà repris la route. Il lui emboîta le pas et ils continuèrent à s'enfoncer au cœur de la forêt.
Suite : Chapitre 19
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